Robots, maîtres ou esclaves. Photo Jean-Baptiste Audrerie - Toute reproduction interdite sans autorisation
Robots, maîtres ou esclaves. Photo Jean-Baptiste Audrerie - Toute reproduction interdite sans autorisation

Nous allons terminer l’année 2014 sur une note de joie. Vous êtes d’accord ?

Nos petites cellules grises sont fatiguées et déprimées. Mais notre esprit d’anticipation jubile. De toute évidence, 2015 annonce l’arrivée d’une nouvelle forme d’intelligence. Notre QI va pouvoir se reposer. Sur le marché de l’emploi, il y a plus efficace que tous nos cerveaux réunis.

S’il est malin, notre QI pourra s’adjoindre toute la bonne volonté de son ami le Quotient Émotionnel, pour travailler en symbiose avec les Agents Intelligents, les Machines Learning et tout autre avatar cognitif surpuissant.

Nous sommes trop humains pour vouloir éviter l’évidence inquiétante. Primo, nous sommes dépassés. Secondo, ces substituts brillants ne sont pas en gestation dans les laboratoires, ils sont opérationnels ! Certes, ils sont encore payés chers mais ils se rentabilisent vite, ils travaillent 24 h (sans pause) et ils ne demandent que quelques maintenances annuelles pour traiter des milliards de dossiers par jour.

L’intelligence humaine est-elle menacée ?

Mais qu’est-ce qui agite les cerveaux de nos brillants entrepreneurs, scientifiques et intellectuels ? Ils sonnent l’alarme devant l’arrivée imminente et les impacts profonds et rapide de l’intelligence artificielle, de l’automatisation (automation) et de l’exploitation des Big Data. Dans tous les secteurs,  les robots embarquant des technologies apprenantes (machine learning) sont mal vu par des cerveaux de génies.

Elon Musk en novembre 2014 s’interroge devant des étudiants du MIT sur les risques de l’Intelligence Artificielle. Celui qui a co-créé PayPal puis la voiture électrique Tesla et qui complète les activités de la NASA dit à l’élité étudiante de Boston de faire attention ! L’Intelligence Artificielle serait la plus grande menace sur notre existence. Ben voyons !

“I think we should be very careful about artificial intelligence. If I had to guess at what our biggest existential threat is, it’s probably that. So we need to be very careful,” Elon Musk.

Stephen Hawking dans une entrevue à la BBC en décembre 2014 met en garde contre la fin de l’humanité si on va trop loin avec l’Intelligence Artificielle. Quand on voit les prodiges du Cognitive Computer Watson dont je parle ici depuis 2 ans, on peut effectivement penser que les supers ordinateurs et prochainement les ordinateurs quantiques feront naître de nouvelles puissances économiques qui ne seront pas toujours des États. Les GAFAS (Google, Amazon, Facebook et Apple) sont déjà des puissances géo-techno-politiques. Stephen semble sceptique alors qu’il utilise un logiciel de traitement synthétique de la parole pour s’exprimer.

« The development of full artificial intelligence could spell the end of the human race. » Stephen Hawking.

Dr Laurent Alexandre indique dans ses conférences depuis plusieurs mois et dans son livre « La mort de la mort », à la page 17 :

« Les quatre révolutions NBIC [Nanotechnologies, Biologie, Informatique, Sciences Cognitives] provoqueront à coup sûr d’importantes tensions sociales et politiques » Dr Laurent Alexandre.

Ils ne sont pas les seuls.

Ils sont juste un peu plus médiatisés et ils nous prennent à contre-pied car ils s’inscrivent eux-mêmes dans un courant moderniste et techniciste du progrès.

Les fonctions intellectuelles sur la sellette ?

Dotés de reconnaissance vocale, de reconnaissance faciale, d’analyse des émotions, de calculs algorithmiques, de visualisation en 3D, d’expression en langage naturel en plusieurs dizaine de dialectes, les robots et les agents intelligents seront très polyvalents et surtout puissants.

Alors on lance le match des aptitudes motrices, sensorielles et cognitives :

  • La praxie : les mouvements fins et non répétitifs restent mieux exécutés par l’Homme, bien que les robots chirurgiens et les exosquelettes soient des auxiliaires de plus en plus compétitifs.
  • L’attention : match gagné à 100% par les robots intelligents. Rien ne leur échappe. Leur rationalité ne fait pas trébucher leur focus.
  • La mémoire : match gagné haut la main par les robots intelligents surtout pour tout ce qui est procédural. Pour ce qui est sémantique, l’Homme est doué d’un filtre culturel qui donne de la pertinence mais sa mémoire est loin d’être infaillible et surtout, elle n’est pas éternelle. Chaque génération de robots intelligents ajoutera (sans perte de mémoire), toute l’information universelle à la prochaine génération synthétique. Comme l’indique Laurent Alexandre @dr_l_alexandre, « l’humanité deviendra une technologie de l’information« .
  • La perception (vision, ouï, odorat, toucher) : match gagné de justesse par les Humains mais les facultés des robots intelligents s’approchent rapidement de celle de l’Homme pour identifier les molécules, les fréquences et les vibrations avec une précision étonnante.
  • Le langage : l’Homme reste maître dans le langage oral, surtout dans sa langue d’origine. Mais les technologies parlent presque toutes les langues. Idem pour le langage écrit. Aucune poésie ne sera plus belle que celle de Beaudelaire mais l’écriture automatisée est intarissable et maintenant presque indétectable dans nos journaux favoris. L’Homme a encore le privilège d’avoir des opinions et des sentiments.
  • L’intelligence (recherche d’information, analyse, diagnostique, scénarios, décision) : avantage pour les agents intelligents surtout grâce à la vitesse de traitement de l’information et à la rationalité.
    • Planifier / Organiser : avantage à la machine, c’est certain !
    • Résolution de problèmes abstraits ou numériques : avantage à la machine.
    • Jugement : si le contexte est hautement sémantique, émotionnel, relationnel, politique, esthétique, symbolique, philosophique ou poétique, l’Homme conserve son avantage. Cette fonction exécutive est avec l’introspection, l’imagination et l’empathie un cocktail subtil d’humanité qu’aucun algorithme ne capte aujourd’hui.
    • Flexibilité mentale et autocritique : avantage à l’Homme qui est doué de conscience, d’auto-analyse, d’introspection et d’adaptation.

Que restera t-il aux humains en 2025 ?

Une division du travail sans égal. Les tâches d’analyse, de traitement d’information et de décision seront en grande partie « digitalisables » et substituables. Pharmaciens, réceptionnistes, chauffeurs d’engins de manutention, conseillers de ventes, conducteurs de taxi, agents de guichet, etc. seront tous potentiellement remplacés par des « Cobots » = Collaboration + Robots. A la transformation des emplois s’ajoutera un nouvel ordre économique basé sur le potentiel innovant et sur la détention et l’exploitation savante des données. Les nouveaux empires sont en émergence. Serons-nous leurs servants ? A ce sujet, lire mon billet sur Tout ce qui va disparaître.

Le pari d’une collaboration fertile. Les plus sceptiques diront que cette avenue est faite pour nous attendrir. Le but est de faire des robots intelligents des amplificateurs de l’Homme. On parle de l’Homme augmenté. La collaboration Homme-Machine est la prochaine étape avant la collaboration Machine-Machine-Homme. Les « Brains Sensors » feront le pont entre nos indicateurs physiologiques, notre activité électrique cérébrale et la « Thinking Machine » pour développer des Insights personnalisés.

La conception, la créativité, la relation. Les emplois feront appel aux fonctions cognitives les plus intégrées et les plus symboliques. La pensée critique, la pensée abstraite, la capacité d’imagination et de collaboration culturelle seront des habiletés d’innovation sociale, de création de sens et de qualité dans les relations. Pour cela, les écoles et les organisations devront apprendre à apprendre, apprendre à penser, apprendre à collaborer et apprendre à créer.

La stratégie. En 2014, les faits sont connus. Je vous invite à lire mon article consacré aux 7 lectures essentielles pour préparer votre avenir. Parmi ces lectures, il faut absolument lire celle sur les sciences cognitives et sur le nouveau coût marginal de Jeremy Rifkin. Si on parle stratégie et vision, combien d’entreprises auront pris le parti de plonger dans les nouvelles sciences, d’être un acteur de la nouvelle révolution des services, de préparer son modèle d’affaire et de développer les compétences de ces employés pour exploiter ses nouvelles technologies intelligentes ? Qui seront les architectes de ces transformations ? Qui seront les transformateurs et intégrateurs ? La question qui se pose est de savoir qui saura trouver son nouveau territoire de création de valeur. Pour cela, il sera plus utile que jamais d’utiliser la pensée stratégie Océan Bleu.

S’adapter vite. Ce qui reste à l’Homme maître, c’est de penser le futur et de le piloter, mais de le piloter vite ! Car ce qui frappe, ce ne sont pas tellement les capacités cognitives décrites ici, mais la vélocité du changement. Cette révolution technologique et scientifique va transformer nos économies, nos emplois et nos vies plus rapidement que ne l’a fait l’Internet et précédemment l’électricité. Les sciences cognitives et les neurosciences aidées par l’informatique et la robotisation convergent vers de nouveaux territoires du possible à une grande vitesse. J’ai proposé lors de la Conférence #RMSConf 2014 à Paris un exercice de prospective sur le domaine du recrutement en montrant comment les sciences cognitives peuvent changer la donne. Si dans le domaine économique mineur que représente le recrutement, les mutations sont bien visibles et actives, alors que dire des secteurs clés des économies. Sur le même sujet, j’ai écrit un billet portant sur les sciences cognitives en recrutement d’ici 2025.

La robot-économie est la prochaine rupture.

Ils l’annoncent :

Oxford Martin School – 2013

L’étude d’Oxford Martin School Research (UK) indique que 45% des emplois aux États-Unis pourront être automatisés et « Computerized » d’ici 20 ans.

Roland Berger – 2014

L’étude du cabinet Roland Berger (FR) montre que la la robotisation (et le numérique plus largement) touche « les classes moyennes, y compris les classes moyennes supérieures« , explique Hakim El Karoui, associé au cabinet Roland Berger. La prédiction est de 3 millions d’emplois perdus en France d’ici à 2025. Autre chiffre choc :  20% des tâches seront automatisées. Je vous invite à lire leur article de présentation de l’étude. J’avais approfondie la question ce printemps dans mon billet Ces innovations de ruptures vous feront-elles perdre votre emploi ?

Envie d’un robot intelligent pour Noël ? Je vous invite à lire ma revue non exhaustive de 13 fantastiques robots à recruter.

Je vous laisse sur toutes ces savoureuses pensées anxiogènes. Parions qu’elles vont vous donner toutes les bonnes occasions du monde pour relaxer pendant les congés de fin d’année 2014. Il vous faudra de l’énergie et de la vision pour débuter une année 2015 hautement disruptive ! Je serai là (avec mon avatar) pour anticiper nos futurs talents.

1 COMMENTAIRE

  1. Très content d’avoir découvert votre blog !
    Merci pour cette analyse, que je partage même si je suis plus pessimiste sur ce que robots et algorithmes vont pouvoir faire (déplacer plus de jobs) mais je pense également que cela prendra plus de temps (rendez-vous en 2025 :)).
    Mais je n’ai aucun doute sur la prochaine rupture de la robot-économie. Pour info, ma vision de la transformation à l’horizon 2030:
    http://organisationarchitecture.blogspot.fr/2014/11/le-futur-du-travail-lentreprise-30-est.html

  2. merci pour cette brillante analyse qui nous aide toujours à avancer dans notre métier de recruteur. J’aime à penser tout de même qu’il nous reste une grande chose que les robots n’auront pas « la chaleur rassurante d’un humain » qui donne aussi l’envie, moteur absolu de l’homme en tout et en particulier au travail, et qui fait qu’il se surpasse en créativité et en adaptabilité depuis des décennies.

    • Bonjour Anne,
      Merci pour votre commentaire.
      Les robots, algorithmes, agents intelligents, Machine Learning (algorithmes apprenants) ou encore le Deep Learning (algorithmes conceptualisateurs) seront nos calculatrices, PC, smartphones et objets connectés de demain. Nous serons surpris de voir les facteurs explicatifs de nos comportements sociaux qui nous rendent prévisibles. Mais une grande partie de l’irrationalité humaine, de la culture et des filtres émotifs conserveront aux individus et aux recruteurs une dimension sociale irréductible. Les frontières vont bouger. Les métiers et les compétences aussi.
      J’en discute dans l’entrevue faite avec Fabrice Mazoir du site Région Job http://www.blog-emploi.com/les-robots-au-travail-faut-il-en-avoir-peur/.
      Bonne lecture. Bonne digitalisation.

Laisser un commentaire