Gestion de la rareté des ressources
Gestion de la rareté des ressources, Photo par Jean-Baptiste Audrerie (toute reproduction interdite)

Comment faire beaucoup avec peu ?

Que peuvent apprendre les RH des meilleures pratiques des start-up et du développement durable ? La gestion de la rareté des ressources. Quels sont les points communs entre la gestion de projets dits agiles, l’économie du partage et la préservation des ressources ? La gestion de la rareté des ressources ! Des solutions inédites émergent abondamment pour être économes et efficaces. Voyez comment ces approches peuvent influencer les projets RH et leurs conditions de réussite.

La rareté, une contrainte comme les autres.

La rareté des ressources conduit de nombreuses entreprises à abandonner, reporter ou externaliser des activités. Cette situation a des impacts économiques majeurs quand on prend en compte les pertes occasionnées par les abandons et les retards de projets. A cela il faut ajouter les coûts d’externalisation qui sont souvent supérieurs à ceux reliés à une réalisation interne et qui exigent des ressources pour coordonner l’ensemble. Pire, le report ou le glissement de la livraison d’un projet ou d’un nouveau service peuvent réduire significativement son Retour sur Investissement (ROI). Et ils peuvent menacer son obsolescence avant même qu’il soit livré.

La rareté se dit d’une ressource, d’un bien ou d’un service qui existe en faible quantité au regard de la demande ou qui se présente en nombre limité. Les ressources rares devenant plus chères selon la loi du marché poussent les acteurs du marché à revoir leurs besoins et leur fonctionnement.

Aller à l’essentiel : le client.

La plus haute priorité est de satisfaire le client en lui fournissant rapidement et en petits lots des fonctionnalités à forte valeur ajoutée. Pour être Lean, il faut être « Client Centric« .

  • Comprendre le besoin premier et profond du client (Candidat, Département, Gestionnaire, Recruteur).
  • Identifier LE besoin qui doit recevoir LA bonne réponse.
  • Se concentrer sur ce qui est le plus utile pour le client pour résoudre son problème.
  • Présenter un prototypage sur un besoin ultra ciblé pour la valider avec le client.
  • Livrer au client un début de solution sans attendre la totalité d’un service ou d’un produit fini.
  • Bien expliquer au client la démarche et démontrer le bénéfice de commencer petit sans attendre.
  • Redéfinir les compétences et les profils recherchés pour élargir son bassin et réduire les exigences.

Débuter petit, petit, petit.

Les start-up ont développé une approche très économe. Elles ont peu ou pas de financement, peu de personnel et des objectifs très ambitieux. L’approche Lean Start-up développée par Eric Rhies donne des résultats et inspire les jeunes pousses du monde.

  • Recadrer le projet en mettant au défi les membres de son équipe sur ce qui est essentiel.
  • Revoir les priorités prioritaires, toujours en fonction du client.
  • Planifier est moins important que valider par étapes.
  • Faire des choix sur des outils, étapes et cibles de recrutement et développement des talents qui marchent vraiment.
  • Développer des points de contacts fréquents avec les partenaires et clients pour valider les candidatures et les étapes des processus de recrutement.
  • Initier un incubateur pour développer les talents en interne.

Être agile, toujours.

Avec la rareté, les risques sont l’immobilisme, les retards, l’épuisement des dernières ressources et la perte de la cible en chemin. Avant que cela ne se transforme en une traversée du désert avec une mort certaine à la fin, il faut injecter de l’adaptation en continu. S’adapter en continu tout au long d’un projet et ajuster les processus et les livrables est devenu un gage d’efficacité quand l’environnement est changeant.

  • Expérimenter précocement vaut plus que livrer un produit final.
  • Débuter la communication du service ou du produit avant même la livraison finale.
  • Trouver son premier client pour expérimenter les fonctionnalités et les processus (version 0 puis version Beta).
  • Développez un processus de recrutement concourant (chaque candidat chemine à son rythme et non en lot et les activités d’entrevue, les tests et la validation des références peuvent être faites en parallèle).
  • Équilibrer entre centralisation des efforts de recrutement dans un centre de service et la sous-traitance des processus relationnels de contacts et d’entrevue aux départements clients ou à un fournisseur.
  • Recycler les talents en identifiant les potentiels de vos candidats et vos employés, en gérant pleinement les carrières et le développement continu des talents.
  • Privilégiez les nouvelles formes de travail tel que le travail à temps partagé, les cadres de transition, les auto-entrepreneurs et travailleurs autonomes, les prolongements de fin de carrière des semi-retraités, les échanges inter-entreprises de ressources, les coopératives d’employés.
  • Encouragez les circuits-courts et les partenariats locaux pour être lier à son écosystème.
  • Accélérer le recrutement, l’intégration et le développement des talents en identifiant les processus clés et les étapes essentielles.

Mobiliser les ressources.

Les changements de méthodes ne sont faciles pour personnes. Mais gérer la rareté peut devenir un défi stimulant. Quand on est habitué à fonctionner avec des produits et services finis, il est difficile de penser que l’on peut travailler avec seulement une fraction de ceux-ci.

  • Expliquer la démarche économe aux employés impliqués, aux clients et aux candidats.
  • Établir un plan de gestion du changement basée la consultation sur l’approche économe et sur la communication.
  • Motiver les parties prenantes à être agiles, rapides et réactifs.
  • Montrer les premiers résultats pour démontrer les avantages de l’approche.
  • Faire un bilan de ses ressources et talents disponibles, faire des projections et scénarios pour penser avant d’agir.
  • Assurer un suivi précis dans le temps de vos employés pour optimiser leur mise à contribution et leur développement.
  • Exploiter les informations disponibles sur les ressources humaines avec le BigData pour identifier les variables clés et les leviers d’efficacité.

De nouveaux modèles d’affaires.

Les ressources se font rares. Mais l’intelligence et la créativité sont illimitées. Certains spécialistes de l’innovation disent même que les contraintes (Théorie des contraintes) favorisent l’émergence de nouvelles solutions. Pour se familiariser avec ces nouvelles approches économes, les RH et les start-up RH peuvent observer les modèles d’affaires qui se propagent un peu partout. La conférence LeWeb London 13 en est un bon exemple quant on parle de start-up de la « Sharing Economy« .

Selon l’étude du renommé cabinet Altimeter, ces nouveaux modèles d’affaires vont bouleverser les modèles d’affaires et transformer profondément notre façon de travailler.

Ces nouveaux modèles :

  • Facilitent la mise en relation entre l’offre et la demande dans un marché transparent.
  • Identifient et répertorient les ressources disponibles avec des bases de données.
  • Contribuent à affecter adéquatement les ressources en proposant des rapprochements entre demandeurs et offreurs.
  • Automatisent les suivis des statuts et les transactions.

On parle de :

  • L’économie du partage « Sharing Economy« 
  • L’économie de la collaboration « Collaborative Economy« 
  • L’économie du nombre « CrowdSourcing« , « CrowdFunding » et « Open Innovation« 
  • Les places de marché sociales « Social Market Places« 
  • Le « BigData« 
  • Les coopératives et la mutualisation des ressources
  • Les micro-innovations
  • Les micro-entrepreneurs

Quelques exemples de services pour gérer la rareté

On peut penser à Linkedin ou à Viadeo qui sont des places de marché sociales des talents. Le principe est d’agréger les talents dans un lieu transactionnel à vocation sociale.

On peut regarder aussi d’autres modèles d’affaires qui contribuent à distribuer adéquatement les ressources et ainsi à remettre en circulation des ressources jusqu’alors négligées ou éparpillées :

  • AirBnB (Location entre particuliers)
  • ZipCar (Location de voitures en libre service)
  • Zilok (Prêt de matériel entre voisins)
  • Lending Club (Emprunts entre particuliers)
  • Kickstarter (Financement de projets par la foule)

Gérer la rareté, un état d’esprit.

En acceptant le changement de paradigme sur la rareté des ressources et la nécessité d’être économe, on s’ouvre à de nouvelles solutions pour livrer plus rapidement des services, pour ne pas reporter de projets et même pour bonifier son offre. Mais surtout, on cherche de nouvelles avenues pour faire autrement. Alors si on vous confie un projet sans budget, négocier ou innover ! Et si les talents se font rares, repensez leur consommation.

Un savoir-faire de plus en plus répandu

La gestion de la rareté est à la hausse. Que ce soit des ressources financières, des ressources énergétiques, des ressources mobilières, des ressources temporelles ou des ressources humaines, la gestion de la rareté va s’imposer comme un incontournable. Elle va distinguer ceux qui en période de crise pensent et agissent comme des pachas de ceux qui se débrouillent d’un rien.

Que ce soit des États, des entreprises ou des individus, la gestion de la rareté a toujours déclenché de profonds changements dans l’histoire de l’Homme, qu’ils soient négatifs ou positifs. Quand le pain, l’eau et la terre viennent à manquer, les conflits sont au rendez-vous. Sur le même sujet, la légèreté a fait son retour en force dans le domaine de la défense militaire avec les drones. Être efficace, c’est utiliser le moins de ressources possibles dans un respect des délais.

En ressources-humaines, l’approche peut tout à fait s’adapter. Dans un contexte de contraintes très serrées, elle teinte aussi les valeurs. Les leaders démontrent davantage d’humilité et d’esprit entrepreneurial avec de micro-initiatives.

Quelques ressources pour aller plus loin

  1. Les principes de Lean Start-Up d’Eric Rhies
  2. Les méthodes Agiles
  3. La présentation de Jeremiah Owyang – Altimeter Group – LeWeb London 2013

1 COMMENTAIRE

  1. Merci pour l’article que j’ai trouvé très intéressant et inspirant, d’où ce commentaire qui est un peu long.

    Les méthodes Lean (fabrication, gestion des opérations, processus transactionnels) et Agile (développement logiciel, matériel, création de nouveaux produits, prototypes) sont devenus des incontournables et ne permettent même plus de se démarquer. Les entreprises qui réussissent les connaissent et les maîtrisent.
    Il y a certainement un lien important avec la gestion de la rareté et la théorie des contraintes. En effet, les contraintes créent des opportunités pour se démarquer et se différencier de la concurrence. Mais il faut identifier la plus importante.

    Ce qui suit illustre mes pensées basées sur mes expériences des starts-ups et mon intérêt particulier pour la Théorie des Contraintes du Dr Eli Golitath.
    Pour avoir participer dans deux start-ups, je suis certain que la plus grande contrainte sera le marché, voire ce premier client si important à la réussite d’une entreprise en démarrage.
    En utilisant donc les 3 premiers des « focus steps » de la théorie des contraintes,
    1) Identification de la plus grande contrainte: Gagner le premier client
    2) Exploitation de la contrainte: Développer un produit, une solution, qui rencontre les besoins du clients, et qui se différencie nettement de la concurrence.
    3) Subordonner: Etre efficace – travailler seulement sur les éléments qui permettent de développer la solution du client – ne rien faire d’autre. Ne pas dépenser l’argent de l’entreprise sur des outils mais plutôt à développer le produit.

    Moi qui voyait des contraintes presque partout, merci Jean-Baptiste pour cet article, maintenant je les vois … partout. 🙂

    • Bonjour Christian,

      Merci pour ton commentaire. Gestion de la rareté et des contraintes, même combat. Très touché que tu nous partage ton approche d’expert en gestion des contraintes et approche Lean. Une expertise qui sera sûrement très utile en RH quand la ressource deviendra tellement critique que les entreprises calculerons le manque à gagner de ne pas avoir tel ou tel employé.

      Je partage ici la ressource wikipedia sur la fameuse théorie des contraintes d’Eliyahu M. Goldratt et son fameux livre Le But. http://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9orie_des_contraintes

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