Ballons dans le ciel - Boston - 2012
Ballons dans le ciel - Boston - 2012

Le monde réclame toute votre attention.

Notre attention est une ressource limitée, hélas. La distraction est continue. Pour réussir dans un monde hyper-connecté et surchargé de données, votre capacité à porter une attention dirigée, soutenue et précise devient un atout. Avec l’hyperactivité ambiante, la recherche du perfectionnisme, de l’hyperchoix, du FOMO (fear of missing out), des activités multitâches, du bruit, des technologies et de l’avalanche de données, notre attention est sur-sollicitée.

Les outils technologiques, ogres énergivores et « attentivores », nous font confondre l’importance et l’urgence, le crucial et le trivial, la patience et la procrastination. L’intensité du travail et le rythme de vie réduirait notre capacité d’attention en nous sollicitant incessamment à prend connaissance et à décider.

Ainsi, pendant que les sites de « Brain Fitness » qui offrent des jeux pour stimuler nos capacités cognitives gagnent en popularité sur Internet et nos applications smartphones, notre attention se fragmente et notre capacité fondamentale de traitement de l’information est poussée à son paroxysme.

On ne mémorise plus, on consulte Google. On ne mémorise plus, on se fait appeler. On ne regarde plus seulement un écran mais deux ou trois écrans. On ne déciderait plus en profondeur, on surferait sur les décisions à court terme.

Résultat : notre inattention nous coûte du temps utile et nous occasionne des erreurs, en plus de provoquer des pertes de mémoire à court et à long termes et de diminuer la qualité de nos raisonnements. Au manque de concentration succèdent la confusion et, dans certains cas, des troubles permanents de l’attention.

L’attention, une ressource limitée

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : selon les données du Learning And Skills Council en Grande-Bretagne, un travailleur gaspille 21 heures par semaine par manque d’attention. D’autres données indiquent qu’un travailleur change d’activités toutes les 3 minutes en moyenne. Après la gestion du stress, la « gestion » de l’attention est devenue un enjeu de performance majeur des entreprises. Mais les sciences des organisations et de la gestion commencent à peine à mesurer l’ampleur du phénomène…

Dans ce contexte, nous sommes nombreux à chercher à améliorer nos performances au travail et à accroître notre bonheur. Une avenue s’offre à nous : recentrer notre attention!

Il s’agit en fait de se donner une façon de disposer de notre temps permettant d’accomplir une tâche et de prêter attention aux autres.

Désormais, la capacité à focaliser son attention apparaît clairement comme une compétence que l’on gagne à développer. Alors que les applications prônent le travail collaboratif, certains proposent des initiatives telles que les « White Spaces » et les « Think Friday », qui visent à se couper de tout moyen de communication durant une période déterminée. De plus, certains séminaires pour cadres proposent d’apprendre à gérer les sollicitations et à soutenir son attention pour se distinguer et performer. Les retraites sont ainsi devenues très populaires.

Il s’avère donc urgent de combiner des activités d’interrelation avec les autres, de gestion de flux d’information et de concentration personnelle pour développer une performance adaptée au monde du travail moderne, sans en être victime.

Alors, recentrez-vous !

Voici quelques conseils pour accroître votre niveau d’attention.

1) Identifiez vos facteurs de risque :

◊ Votre environnement vous prédispose-t-il à l’inattention et est-il sujet aux interruptions? Poste de travail en aire de travail ouverte, multiples écrans et différentes technologies concomitantes, avertisseurs, collègues distraits…

◊ Êtes-vous distrait de nature, ou peu discipliné? Avez-vous tendance à procrastiner et à faire mieux votre travail sous pression? Trouvez-vous votre emploi ennuyeux et recherchez-vous de nouvelles stimulations?

◊ Votre travail vous demande-t-il de collaborer étroitement avec les collègues, partenaires et les clients?

◊ Votre bio-rythme et le rythme du bureau vous permettent-ils de trouver du temps calme?

2) Posez les bases de votre organisation personnelle :

◊ Trouvez le calme dans votre milieu.

◊ Fermez toutes les applications non utiles à des tâches de raisonnement et de créativité.

◊ Ciblez les moments dans la journée les plus propices à un travail d’attention.

◊ Indiquez gentiment à vos collègues quand et pendant combien de temps vous souhaitez demeurer isolé pour approfondir votre travail.

◊ Au besoin, définissez collectivement des règles courtoises de temps calmes.

◊ Consultez vos courriels en bloc de temps, avant ou après des séquences de travail de fond.

3) Clarifiez votre esprit et celui des autres :

◊ Au travail : listez vos tâches importantes et accomplissez une tâche à la fois.

◊ Dans la vie de tous les jours : pratiquez la méditation, souvent et longtemps!

◊ Appliquez-vous à savourer l’instant présent et à percevoir un détail avec acuité!

◊ Dédiez-vous entièrement aux autres lorsque vous êtes en rencontre.

◊ Réduisez à l’essentiel le nombre de sujets traités dans une réunion pour faire une résolution de problème en profondeur.

◊ Proposer en début de rencontre de travail de définir ensemble sur quoi on doit porter toute son attention (situation, personne, processus, besoin, problème) pour le traiter avec considération.

Puis, faites de la place à vos ondes Gamma

Les sciences cognitives et médicales ont démontré récemment que les ondes gamma sont beaucoup plus présentes chez ceux qui maintiennent un niveau élevé de concentration. Ces ondes gamma témoignent d’une plus grande activité cérébrale. En somme, elles donnent des indications sur la pensée créative et la capacité de résolution de problèmes. Les ondes gamma tentent de synchroniser les deux hémisphères du cerveau.

En psychologie, le professeur Mihaly Csikszentmihalyi (1975) a formulé la théorie du Flow ou expérience optimale. Celle-ci définit l’état psychologique d’attention soutenue dans lequel se trouve une personne qui exerce des compétences dont elle a une excellente maîtrise. Cet état serait fortement lié à un bien-être, à une performance et à une activité créative de type artistique, conceptuel ou scientifique.

Des études scientifiques menées auprès de moines tibétains indiquent que les pratiques prolongées de méditation développent sensiblement le niveau des ondes gamma, stimulent les capacités mentales et accroissent le niveau de bien-être. L’attention des moines est très stable et leur acuité aux personnes et aux choses est meilleure.

L’économie de l’attention est née

Après avoir valorisé l’employé multitâches, l’hyper-connexion et la décision rapide, le « Slow » et le « Deep Thinking »  deviennent des valeurs sûres. Les interfaces cherchent même à réduire l’overdose d’informations.

Les campagnes marketing et les médias cherchent à capter notre attention. Le temps disponible d’attention est une ressource qui se raréfie. L’attention deviendra une valeur marchande.

Au travail, les travailleurs qui sauront attirer l’attention et les managers qui sauront créer de l’attention auront un atout de plus pour guider leur équipe vers les bonnes analyses, vers les bonnes décisions puis vers l’innovation.

Selon Herbert Simon dans son livre « Designing Organizations for an Information-Rich World », le concept est une nouvelle branche de l’économie des services et de l’ère informationnelle.

« Dans un monde riche en information, l’abondance d’information entraîne la pénurie d’une autre ressource : la rareté devient ce qui est consommé par l’information. Ce que l’information consomme est assez évident : c’est l’attention de ses receveurs. Donc une abondance d’information crée une rareté d’attention et le besoin de répartir efficacement cette attention parmi la surabondance des sources informations qui peuvent la consommer » Herbert Simon 1971.

Poursuivre

Pour terminer, voici quelques suggestions de lectures distrayantes :

1. Maggie Jackson. Distracted: The Erosion of Attention and the Coming Dark Age.

2. Torkel Klingberg. The Overflowing Brain: Information Overload and the Limits of Working Memory

3. Thomas H. Davenport. The structure and organization of firms in the attention economy.

4. Voir également mon article sur l’Hyperchoix qui est relié à celui-ci : Souffrons-nous d’hyperchoix ?

Des idées, des réactions sur le sujet ? Partagez nous vos commentaires. Ils seront lus avec considération.

En attendant, faites attention à vous.

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