Connect the Dots - Captiver votre attention - Jean-Baptiste Audrerie - Musée George Pompidou - Paris - 2013

Que vous soyez gourmand, glouton ou frugal, la surcharge informationnelle nous touche tous mais nous fait tous réagir différemment.Certains l’évitent et se privent. D’autres avalent tout et n’importe quoi. L’avantage est que l’infobésité ne nous fait pas grossir. Pas directement du moins !

Du repas gourmet à la malbouffe, les « infovores » que nous sommes découvrent de nouveaux risques pour notre santé : la saturation cognitive, la perte d’attention et la superficialité facebookienne. A côté de l’opulence informationnelle, l’ignorance est comme la malnutrition, elle demeure le plus grand fléau de tous les temps !

Que vous soyez de style anorexique ou de style boulimique, il existe des traitements contre l’infobésité. Disons des stratégies.

Ordonnances en 5 prescriptions.

#1 Individus marque et Marque médias

Le tableau clinique

Tous le monde peut maintenant partager des contenus au monde entier en toute mobilité. On a les hyperconnectés d’un cotè et les « techno-réfractaires » de l’autre. On a les bavards numériques, les selfies exhibitionnistes puis il y a les autres, les Hermites. Les marques dans le même temps cherchent à devenir plus humaines en socialisant.

Chacun peut générer des contenus, partagés et repartagés. Pour exister publiquement, la présence numérique passe par des contenus. Aux conversations futiles se mêlent des comportements et des messages qui en disent beaucoup. Beaucoup trop parfois. La redondance de la viralité crée du bruit et tue la diversité.

  • Les accès aux plateformes, les messages et des interactions sociales créent des interruptions continues. La peur se manquer (Fear Of Missing Out) poussent les individus à tisser un lien biologique vital avec les appareils mobiles sacralisés.
  • La mise en réseau crée une occasion unique d’ouvrir les organisations sociales, éducatives, politiques, entrepreneuriales ou scientifiques à la contribution de la foule. Elle ouvre de nouvelles avenues de partage et de création de connaissances et de richesses distribuées. Dan Tapscot le démontre largement dans son livre Wikinomics 2006. S’en priver serait une mise à l’écart.

Les remèdes pour info-boulimiques :

  • Leur problème est qu’il testent tout, avalent et recrachent trop vite. Ils digèrent mal.
  • Choisir ses sources, bien sélectionner ses plateformes de partages sociaux pour s’investir efficacement et en profondeur. Établir des relations suivies et gratifiantes sur les mêmes plateformes. L’information est un repas convivial. S’afficher avec conscience, refuser tout automatisme, miser sur la qualité et la diversité d’un repas équilibré, savoir patienter, savoir quand consommer. Relaxer.

Les remèdes pour info-anorexiques :

  • Leur problème est qu’ils sont souvent hypocondriaques. Les nouveaux médias, les objets connectés et la perte de contrôle de l’identité sont sources d’angoisses. L’envahissement est une remise en cause existentielle car les contours du soi sont menacés.
  • Démystifier les réseaux sociaux, les médias en ligne et les appareils mobiles intelligents. Savoir les utiliser avec légèreté et en profiter. Renouer avec la socialité d’une photo partagée pour comprendre la dualité d’une amitié physique et numérique. Goûter à un peu de tout. Expérimenter les objets d’une nouvelle réalité sociale pour ne pas les refuser en bloc. Relaxer. S’amuser.

#2 Pilotage par les données

Le tableau clinique

Mêmes les entreprises les plus traditionnelles sont pilotées par les données (data driven). Prenons une usine de pâtes et papier. Elle produit aujourd’hui beaucoup de données au poste de travail du conducteur de machines qu’elle intègre de mieux en mieux à ses tableaux de bord décisionnels au sommet de l’organisation : productivité, qualité, santé, environnement. En lien avec les autres usines et les marchés mondiaux du papier, les décisions de production et d’investissement sont prises plus rapidement.

  • Les données numériques, sémantiques, vidéo et les métadonnées produites par les entreprises et par nos comportements connectés composent un gisement exploitable, et monétisable. Les organisations et les individus gourmands d’informations salivent devant tant de possibilités.
  • L’Analytics, le Big Data ou le Smart Data sont les outils pour traiter les données structurées et non structurées qui nous arrivent en volume.  Une fois mâchées et bien digérées, les données offrent un fertilisant de première qualité.

Les remèdes pour info-boulimiques :

  • Leur problème est qu’ils mélangent tout et manquent de rigueur.
  • Établir une vraie stratégie, des plans de données et une méthodologie de gestion et exploitation des données. Cela prend une structure, des compétences techniques en nutrition et un suivi des menus pour que devant l’abondance, un gueuleton mal organisé ne se transforme pas à en gâchis.

Les remèdes pour info-anorexiques :

  • Leur problème est qu’ils ne voient pas la valeur nutritionnelle des données et des informations. Centrés sur les résultats visibles et l’extase de la légèreté, ils perdent leur masse musculaire et leur agilité. Derrière la sobriété de la diète informationnelle, se cache la peur de la réalité et de la complexité.
  • Commencer par bien connaître son environnement concurrentiel et par développer une vision claire de vos enjeux informationnels et computationnels. Sans lucidité sur les besoins et les contours de votre profil informationnel et organisationnel, les repas de données seront repoussés voire carrément éviter. En cas de dénutrition grave, une autorité pourra forcer certaines prises alimentaires avec des compléments informationnels.

#3 Multi-systèmes informationnels

Le tableau clinique

Aux systèmes d’entreprises (Intranet, ERP, CRM, RSE, TMS, LMS, LCMS), s’ajoutent la téléphonie mobile, les politiques BYOD, les réseaux sociaux et tous les objets connectés pour créer un déluge de sources d’informations, de données souvent redondantes et d’usages distrayants. Nous consulterions en moyenne 110 fois nos smartphones selon l’application sous Androïd Locket.

  • Nous sommes dans une phase de transition avec de multiples couches de systèmes informationnels, peu ergonomiques, très linéaires et affichant une information générique à chaque groupe d’usager et datée.
  • L’intégration des systèmes, les algorithmes de synthèse, la visualisation intuitive et les tableaux de bord personnalisés sont les outils de digestion et de contextualisation de l’information. Ils nous rendront plus efficaces.

Les remèdes pour info-boulimiques :

  • Leur problème est la multiplicité des sources et des consommations, sans logique ni intégration.
  • Concentrer les repas à la même table, à heures régulières. Les courriels sont consultez à heures fixes. Vos informations sont triées, vos plateformes sont intégrées, vos indicateurs sont définis et fixes. Les répétitions de données et les dédoublements de systèmes sont éliminés. Préparer vos repas avec des ingrédients informationnels frais et de qualité au lieu d’acheter du tout préparer.

Les remèdes pour info-anorexiques :

  • Leur problème est le questionnement maniaque, l’insatisfaction et la lecture complexe des solutions qu’il faudrait mettre en place. Ils discutent tout, rien n’est parfait, tout est faillible.
  • Faire des pilotes, débuter simplement, passer à l’action, goûter et savourer sans se fixer des buts irréalistes. Faire confiance à un spécialiste pour tout intégrer et présenter des tableaux synthétiques ou ludiques. Apprendre à lâcher-prise.

#4 Turbulences

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Les organisations évoluent dans un environnement mondialisé et turbulent. L’acronyme V.U.C.A. traduit les variables d’un milieu en mouvement : Volatilité, Incertitude (Uncertainty), Complexité, Ambiguïté. Le chaos serait la nouvelle norme. S’informer et réagir adéquatement aux magnitudes des changements de plus en plus fréquents exige une lecture continue et large de l’environnement. Clients, concurrences, marchés, législations, technologies, employés, opinion publique sont de plus en plus scrutés par les entreprises, les bureaux d’études de tendances et les cabinets conseils pour décoder ce qui agite notre monde.

  • L’intelligence d’affaire (Business intelligence ou BI) devient une clé pour décider et pour éduquer les clients.
  • L’agilité des organisations à intégrer une mode, une tendance ou à saisir une opportunité d’affaires en transformant rapidement les processus devient une qualité distinctive.
  • Le leadership des dirigeants s’appuient sur des données pertinentes et fiables pour développer une vision, faire du sens et aligner des décisions en contextes turbulents. L’arme informationnelle est d’éviter l’aveuglement, l’autosatisfaction, les angles morts ou l’ignorance.

Les remèdes pour info-boulimiques :

  • Leur problème est le manque de sens critique et la banalisation des ingrédients clés. Tout est mangeable. Mais tout n’a pas le même poids.
  • Apprendre à qualifier les bonnes sources, les bonnes plateformes, les bonnes informations et avoir des mécanismes d’alertes et de digestion de l’information pour produire en qualité plus qu’en qualité sont autant de mécanismes à établir et à suivre pour faire les bons choix nutritionnels et demeurer agiles sans accumuler les calories vides.

Les remèdes pour info-anorexiques :

  • Leur problème est l’idée fixe d’un schéma corporel idéalisé, sans perception des réalités et des avis extérieurs. L’aveuglement et l’obsession.
  • Apprendre à s’adapter aux réalités et non tout déterminer en fonction d’un seul but ou d’une seule analyse datée. En s’alimentant en continu et en s’adaptant à son milieu, l’info-anorexique regarde son image réelle. L’organisation qu’elle incarne trouve des stratégies de gestion du changement en apprivoisant les flux de données et les informations clés d’un monde extérieur frénétique. Apprendre à se regarder, se reconnaître avec ses forces et ses points de faiblesses, ne pas déformer la réalité.

#5 Nouvelles formes de travail

Le tableau clinique

Le travail multitâches, l’autonomie, l’hyper-spécialisation, l’intégration entre plusieurs disciplines et plusieurs partenaires internes et externes caractérisent les emplois des organisations de pointes d’aujourd’hui.

  • Les processus dits “Bottom-Up”, du bas vers le haut, se généralisent dans les organisations composés de professionnels autonomes dont la collaboration favorise l’émergence d’une intelligence collective comme le décrit Pierre Lévy dans son livre L’intelligence collective (1994).
  • Les organisations s’aplatissent sous l’effet start-up. Les hiérarchies découvrent les vertus de l’horizontalité pour renforcer l’imputabilité et la proactivité.
  • Le partage d’informations entre disciplines favorisent la créativité et la sérendipité (trouvaille inattendue). Aux jonctions de deux champs de connaissance  a priori éloignés peuvent naître de nouvelles solutions et des applications inédites.
  • Les tâches répétitives à environnement constant seront bientôt modélisés en logiciels de type Saas, disponibles dans des robots dotés d’intelligence artificielle et des assistants numériques embarqués auto-apprenants. Réduits progressivement aux tâches heuristiques, non routinières en environnements inconstants, le travail visera à créer du sens, des concepts, à innover et produire des renseignements pertinents.

Les remèdes pour info-boulimiques :

  • Leur problème est le manque de confiance et l’isolement. Doutant d’eux-mêmes, les info-boulimiques ont besoin de savoir et d’être connectés pour se rassurer. Ils assimilent plus souvent seuls.
  • Partager ! Le glouton l’est moins quand il retrouve la socialité. Les nouvelles formes de travail encouragent la co-création et le partage de contenus. Devenir des donneurs plus que des consommateurs. Devenir curateurs pour synthétiser ce que les autres n’ont pas le temps de découvrir. Ciblez des besoins spécifiques d’une communauté de pratiques pour les nourrir et devenir une ressource reconnue.

Les remèdes pour info-anorexiques :

  • Leur problème est qu’ils ont perdu tout désir et qu’ils manquent de curiosité.
  • Identifier les sujets les plus pointus et les sources les plus qualitatives et sélectives pour renouer avec l’information. Faciliter l’accès à ces prises nutritionnelles en utilisant des outils de type « lecteur de flux RSS » ou des groupes de co-développement. Le palais est délicat et les goûts difficiles, il existent des contenus pour tous. Même à faible doses, ils procurent des effets rassasiants et stimulants.

Que vous soyez Pantagruel ou une danseuse étoile à l’Opéra, vous n’aurez pas le choix d’embrasser les enjeux informationnels et numériques. La question est comment allez-vous gérer votre alimentation informationnelle. Quels comportements allez-vous adopter personnellement et corporativement pour être en santé, pour grandir, pour en tirer profit et plaisirs de la manne informationnelle. 

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